BREF HISTORIQUE DE L'ACUPUNCTURE EN CHINE

L’acupuncture est une partie de la médecine chinoise. Elle a l’âge de la civilisation chinoise.

Depuis toujours, elle est utilisée et a été transmise jusqu’à nos jours par une très abondante littérature rédigée par les lettrés et un enseignement oral de maître à élève.

Son apparition semble remonter à l’âge de pierre (10000 à 4000 av JC). Les PienShi, ou poinçons de pierre, utilisés comme aiguilles d’acupuncture sont les témoins de cette thérapeutique.

Sur les bronzes sacrificiels et les carapaces de tortues oraculaires des premières dynasties Xia (2000 à 1200 av JC) et Zhou (1121 à 256 av JC), on trouve des caractères archaïques désignant médecin, maladies, symptômes,… sans que l’on puisse appréhender un système médical organisé.

Dans la seconde moitié des Zhou, le ZuoShuan (livre du IV° siècle avant JC), compilé par Kong Fu Zi (Confucius) consacre des chapitres à la médecine.

Le Zhou Li, classique des rites de Zhou, également compilé par Confucius et ses disciples, énumère quatre classes de médecins :

  • ceux qui sont concernés par l’hygiène de vie (exercices respiratoires, mouvements,…)
  • diététiciens
  • médecins de médecine interne : ceux qui traitent par plantes et par aiguilles.
  • médecins des plaies ou chirurgiens.

L’évolution de l’acupuncture fut constante depuis les ouvrages canoniques les plus anciens (élaborés sous la dynastie des Han entre –206 avant J.C et 220 après J.C.) notamment le Nei Jing Suwen, ouvrage de compilation de savoirs. Sa rédaction s’étale sur près de neuf siècles (3° siècle av JC au 7° siècle de notre ère). Il reste toujours une référence que de nombreux commentaires ont étoffé et enrichi au cours des siècles.

Ce livre (canon interne de l’empereur jaune (Huang Di Nei Jing)) comprend deux parties : « Les questions simples » (SuWen), et « le pivot de l’efficace spirituel » (LingShu).

Vers le IIIème siècle, Huang FuMi (215-282) écrit « l’ABC d’acupuncture et de la moxibustion » (Zhen Jiu JiaYi Jing). Cet ouvrage reste à ce jour le plus complet.

Il ressort de ces ouvrages que la santé est un état d’équilibre qui s’entretient et s’améliore par une nourriture appropriée, des soins à base de plantes (décoctions), des mouvements gymniques (Dao Yin) et l’acupuncture.

La maladie est l’affaire du médecin mais aussi de l’individu lui-même qui acquiert une plus grande part de responsabilité dans le maintien de sa santé.

Une idée maîtresse se dégage de la lecture de ces ouvrages et se résume dans l’un de ses aphorismes :

« L’homme doit chercher à prévenir les maladies pour ne pas avoir à les guérir ; celui qui attend d’être malade pour se soigner est semblable à celui qui se met à creuser un puits quand il est sous les tourments de la soif. »

Deux autres écrits très importants datent de cette époque :

  • le Shang Han Lun (« traité des offensives du froid »)de Zhong Jin, sorte de première approche des maladies épidémiques.

  • Le Mai Jing (« traité des pouls ») de Wang Shu He. La prise des pouls chinois est particulière et originale et fait dans ce texte l’objet d’une étude approfondie.

Les premières aiguilles de métal que l’on connaisse datent des Han vers le IIème siècle avant J.C.

On a découvert en 1968 dans la tombe de Liu Cheng et de son épouse 4 aiguilles d’or et 5 d’argent dont 2 filiformes et une aiguille de section triangulaire utilisée souvent pour les saignées.

 Repère historique : La dynastie HAN
La dynastie Han régna sur la Chine de 206 av. J.-C. à 220 apr. J.-C. Deuxième des dynasties impériales, elle succéda à la dynastie Qin (221 – 206 av. J.-C.) et fut suivie de la période des Trois Royaumes (220 – 265).
Les plus de quatre siècles de domination de la dynastie Han sont généralement considérés comme un des « âges d’or » de l’histoire de la Chine. Les premiers règnes des Han antérieurs virent la stabilisation de l’institution impériale en Chine, après la courte domination des Qin (220-209 av. J.-C.) 

Cette période des Han prit fin vers 290. Puis survint une période de morcellement de la Chine et de troubles ; mais il y eut également un enrichissement de nombreux apports étrangers en particuliers ceux de la médecine ayurvédique (Inde) notamment en ophtalmologie.

L’empire se réunifia avec la dynastie des Sui en 581, ce qui permit une réorganisation économique, administrative et sociale donnant lieu à l’éclosion de la culture chinoise sous la dynastie Tang 618-907.

 Repère historique : La dynastie TANG
La dynastie Tang (18 juin 618 – 1er juin 907) est une dynastie chinoise précédée par la dynastie Sui (581-618) et suivie par la période des Cinq Dynasties et des Dix Royaumes. Elle a été fondée par la famille Li, qui prit le pouvoir durant le déclin et la chute de l’empire Sui.
Les premiers empereurs de cette dynastie eurent d’abord pour tâche de stabiliser l’empire récemment réunifié, et de lui redonner la puissance qu’avait eue la Chine à l’époque des Han. Ils firent rapidement mieux que ces derniers dans le domaine des conquêtes extérieures.
Sous les premiers empereurs Tang, l’empire chinois connut une période de prospérité et un rayonnement culturel considérable. Sa capitale Chang’an, la plus grande ville du monde, reflétait toute la puissance et le cosmopolitisme, qui reposait notamment sur le dynamisme des échanges à longue distance le long de la route de la soie et des voies maritimes méridionales.
Plusieurs innovations importantes sont apparues durant la dynastie Tang, dont le développement des caractères d’imprimerie en bois. Dans le domaine religieux, le bouddhisme eut une influence majeure dans la culture chinoise, avec l’affirmation de sectes bouddhistes aux racines spécifiquement chinoises et le développement d’un art remarquable.​

La médecine et l’acupuncture de cette époque sont marquées par une des personnalités les plus passionnantes de l’histoire de la médecine chinoise : Sun Si Miao (581-682) dont la gloire perdure jusqu’à nos jours.

Ses livres de remèdes les plus connus sont les Quan Jin Fang et le Qian Jin Yi Fang (les prescriptions valant mille onces d’or).

La déontologie médicale exposée dans le Qian Jin Yi Fang montre qu’il était parfaitement conscient des obligations professionnelles, morales et psychologiques de la profession de médecin.

La relation entre les patients et le médecin qu’il défend se rapproche, avec son mélange d’éthique et de respect, du serment d’Hippocrate.

Depuis le XVème siècle, Sun Si Miao a été élevé au rang de dieu des docteurs et de la médecine. Il est devenu le principal intercesseur auprès des dieux dans le panthéon de la religion populaire chinoise, lorsque les hommes souhaitent améliorer leur bien être terrestre.

Durant la période de réunification de l’empire sous la dynastie Sui puis son épanouissement durant la dynastie Tang : 581-907, la Chine s’enrichit des apports étrangers et rayonna vers l’extérieur : au Japon en 552, en Corée, au Tibet.

L’enseignement médical était alors contrôlé par l’Etat avec le développement du système des examens. La qualité de l’enseignement médical s’en trouva renforcée.

A la période des Song et des Yuan (960-1368), l’esprit critique se développa et une grande évolution de la théorie médicale s’ensuivit. Durant cette période, les théories médicales anciennes furent reformulées. De véritables débats scolastiques s’engagèrent. C’était l’époque de l’analyse, de l’expérimentation et de la vérification des connaissances notamment en anatomie (vivisection humaine de condamnés à mort).

 Repère historique : La dynastie SONG
La dynastie Song est une dynastie qui a régné en Chine entre 960 et 1279. Elle a succédé à la période des Cinq Dynasties et des Dix Royaumes et a été suivie par la dynastie Yuan. Il s’agit du premier gouvernement au monde à émettre des billets de banque et le premier gouvernement chinois à se doter d’une marine militaire permanente.  
L’histoire de la dynastie Song se divise en deux périodes distinctes : les Song du Nord 960-1127 et les Song du Sud 1127-1279. 
 Repère historique : La dynastie YUAN
La dynastie Yuan est une dynastie mongole fondée par Kubilai Khan et qui règne sur la Chine de 1279 à 1368. Elle vient à la suite de la dynastie Songqui avait régné sur la Chine entre 960 et 1127, puis sur la Chine du Sud entre 1127 et 1279.
L’histoire de la dynastie Yuan montre aussi un exemple de la force d’assimilation de la culture chinoise. Les Mongols commencent à codifier leurs lois au contact de l’empire chinois.
La population était en effet divisée en quatre castes ethniques bien distinctes. Les Mongols constituaient la première, et les autres peuples dits « aux yeux colorés », d’Asie centrale ou même d’Europe, la seconde. Les Chinois (Han), Jurchens et Mandchous de l’ancien territoire Jin, dits « du Nord », faisaient partie de la troisième caste, les Chinois et ethnies habitant l’ancien territoire des Song du Sud constituaient la dernière caste.
Jamais réellement chinois, les empereurs Yuan eurent néanmoins des tuteurs et conseillers chinois qui les influencèrent. Une grande tolérance était observée de la part des Mongols vis-a-vis des religions autochtones.

Les évolutions théoriques se répercutèrent dans le domaine thérapeutique où l’on dispensait une rigueur quasi scientifique. En 1027, des statues de bronze furent fondues pour officialiser le nombre des points d’acupuncture (leur dénomination et leur emplacement). Elles servaient aussi d’outil de travail et de vérification des connaissances lors des examens.  Les 657 points étaient en creux et leur nom écrit en caractère d’or sur les statues.

Un autre grand nom, Li ShiZhen (1518, 1593) rédigea le Ben Cao Gang Mu (énorme travail concernant l’identification et l’utilisation des plantes).

La dynastie Ming : 1368-1644 fut marquée par de nombreuses crises financières et politiques.

 Repère historique : La dynastie MING
La dynastie Ming est une lignée d’empereurs qui a régné sur la Chine de 1368 à 1644. Elle fut la dernière dynastie chinoise dominée par les Han. Elle parvint au pouvoir après l’effondrement de la dynastie Yuan dominée par les Mongols, et dura jusqu’à la prise de sa capitale Pékin en 1644.
Le fondateur de la dynastie, l’empereur Hongwu (1368-1398), tenta d’établir une société de communautés rurales auto-suffisantes au sein d’un système rigide et immobile qui n’aurait aucun besoin de s’associer à la vie commerciale des centres urbains.
Les Ming présidèrent à la construction d’une puissante marine de guerre et d’une armée de métier d’un million d’hommes. La population de la fin de la dynastie Ming est estimée à quelque 160 à 200 millions d’individus. À partir du XVIe siècle, l’économie Ming fut stimulée par le commerce international avec les Portugais, les Espagnols et les Hollandais.

Il y eut un développement de différents courants médicaux. L’acupuncture fit des progrès avec Gao Wu (1537), corrigeant la localisation des points.

Yang Ji Zhou (1522-1619), auteur de « la somme d’acupuncture et de moxibustion » (Zhen Jiu Da Cheng) imprimé en 1601, est un ouvrage très complet qui réserva une bonne place à la pédiatrie.

Entre 1644 et 1911, la dynastie Qing a été progressivement influencée par l’Occident. Avant le XVIII°, cette influence ne s’est guère fait sentir. Par contre, à partir du XIX° siècle, elle est beaucoup plus sensible. Les missionnaires construisirent plus de 340 hôpitaux.

 Repère historique : La dynastie QING
La dynastie Qing d’origine mandchoue, est la dernière dynastie impériale à avoir régné sur la Chine, de 1644 à 1912. Elle a succédé à la dernière dynastie ethniquement chinoise, la dynastie Ming. En rébellion ouverte contre les Ming dès 1616, les Mandchous prirent progressivement le pouvoir dans l’ensemble de la Chine, prenant Pékin en 1644 et instaurant un nouveau régime politique, l’empire du Grand Qing La Chine ne fut totalement sous leur autorité qu’en 1683.
Dans la seconde moitié du xixe siècle, l’Empire Qing connut un long déclin, affaibli par les conflits internes comme par les pressions internationales, et le régime impérial fut finalement renversé par la révolution chinoise de 1911, laissant la place à la république de Chine. Le règne de la dynastie Qing prit fin le 12 février 1912, avec l’abdication du dernier empereur de Chine, Puyi, alors âgé de six ans.

En 1822, l’empereur DAO GUANG ordonna la suppression du département d’acupuncture.

En 1911, la République de Chine fut fondée. Se tournant vers l’occident, elle s’opposa à la médecine traditionnelle qui n’en resta pas moins opérationnelle dans le pays.

 Repère historique 
La République de Chine : Les tentatives de la Chine pour se moderniser s’avèrent insuffisantes, et la réforme des Cent Jours de 1898 est un échec. Le mouvement nationaliste de la révolte des Boxers, en 1899-1901, dont l’empire tente de tirer parti pour résister à l’influence des puissances étrangères, débouche sur une intervention internationale et sur un protocole de paix humiliant pour la Chine, renforçant le discrédit des Qing.
Naissance de la Chine moderne : La révolution éclate en 1911. Sous la pression d’intellectuels et hommes politiques progressistes, le choix d’un régime nationaliste. L’empereur Puyi, âgé de 6 ans, abdique. En 1921, le Parti communiste chinois est créé à Shanghai.
À la mort de Sun Yat-sen en 1925, Tchang Kaï-chek mène avec succès l’Expédition du Nord, reprenant aux seigneurs de guerre la moitié nord du pays. En avril 1927, il proclame l’établissement de la capitale à Nankin.

En 1922, l’acupuncture est placée à un rang inférieur par le ministre de l’intérieur chinois. Sept ans plus tard, elle est purement et simplement abolie.

En 1949, Mao Ze Dong (Mao Tse Toung) réhabilita la médecine traditionnelle chinoise et notamment l’acupuncture

Fin 1931, Mao Zedong proclame la République soviétique chinoise. Fin 1934, chassé par l’armée de Tchang Kaï-chek, il entame la Longue Marche (12 500 kilomètres), fuyant vers le Nord avec 100 000 hommes, dont 86 000 soldats de l’Armée rouge..

En février 1945, la conférence de Yalta autorisa l’Union soviétique, avec l’accord tacite du Parti communiste chinois, à chasser l’armée japonaise de Mandchourie.

 Repère historique 
La République Populaire de Chine : En 1949, les Communistes achèvent de prendre le contrôle de la Chine continentale, mettant fin à une longue période de guerre civile contre le gouvernement du Kuomintang et de morcellement politique. Le 1er octobre, Mao Zedong proclame sur la place Tian’anmen, à Pékin, la fondation de la république populaire de Chine, qui succède à la république de Chine.
La révolution culturelle : En 1966, Mao lança la Révolution culturelle, qui lui permit de revenir au pouvoir en s’appuyant sur la jeunesse du pays contre les élites du parti en poste alors.

​En 1980, le ministère de la santé chinois décida de développer la médecine dans trois directions ; la médecine occidentale, la médecine traditionnelle dont l’acupuncture fait partie, et la combinaison des médecines occidentales et traditionnelles. 

 Repère historique
Ouverture vers l’Occident : En décembre 1978, lors du XIe Comité central du Parti communiste chinois, les dirigeants chinois annoncent qu’ils encourageront les coopérations économiques avec les autres pays et chercheront à obtenir les techniques et équipements les plus avancés du monde. Ce revirement politique marque le début de la politique d’ouverture de la Chine, avec le nouveau concept d’« économie socialiste de marché »

Le retour à la médecine chinoise se fera sur un mode considérablement influencé par la médecine occidentale (points nouveaux hors méridiens, hydropuncture, injection de médication spécifique dans des points d’acupuncture,…).

A l’heure de la mondialisation l’intérêt et le développement de l’acupuncture dépasse les frontières de la Chine. Le Japon, la Corée, le Vietnam ont su s’approprier et développer les bases de l’acupuncture : le monde oriental s’est engagé aujourd’hui dans des travaux de recherche fondamentale et clinique.

Ainsi, soucieuse d’évaluation et de recherche de bases scientifiques, la Chine contemporaine a réhabilité et développé son acupuncture délaissée. 

Actuellement en Chine comme ailleurs, la diversité des formes de recherche est considérable (travaux sur l’aspect biochimique, neurologique, neuro-hormonal).

Néanmoins, depuis quinze à vingt ans, on note chez les médecins chinois un regain d’intérêt pour leurs textes anciens.